Monday, March 10, 2014

Humor Chic News - LE NOUVEL OBSERVATEUR "Cendrillon et Marge Simpson en femmes battues: contre la violence, on en fera jamais assez"



Cendrillon et Marge Simpson en femmes battues: contre la violence, on en fera jamais assez
Par Laura-Maï Gaveriaux
Philosophe

LE PLUS. Dans plusieurs dessins publiés sur son blog, le dessinateur italien AleXsandro Palombo détourne des personnages bien connus pour dénoncer la violence faite aux femmes. On y voit ainsi Marge Simpson, Cendrillon et Blanche-Neige l'œil au beurre noir et le nez en sang, après avoir été battues. Efficace ? Pour Laura-Maï Gaveriaux, elle est en tout cas nécessaire. 
Dessin réalisé par l'italien AleXsandro Palombo pour dénoncer les violences conjugales (capture)

Début mars, c’est la période de référence pour évoquer, dans un certain consensus, les droits des femmes…

Ainsi fut signalée sur un blog du "Monde" cette nouvelle campagne contre les violences faites aux femmes, signée d’un dessinateur italien, AleXsandro Palombo, et qui met en scène les personnages bien connus des films animés de Walt Disney, ou encore les Simpson. On y voit les princesses gisant par terre, l’œil au beurre noir, ou Marge et Omer, se tenant comme un couple heureux, mais laissant paraître les traces de coups sur le visage de Marge.

C’est figuratif, voire naïf, et la question posée est sans ambiguïtés, “What kind of man are you ?”.

Les campagnes doivent-elles choquer pour sensibiliser ? 

La question des campagnes de sensibilisation est délicate. Sous quelle forme un message citoyen, éthique, sera-t-il susceptible d’atteindre au mieux sa cible ?

On a testé les messages amicaux, bon esprits, accentuant les vertus citoyennes… en une décennie de pure cynisme, où l’on trouve normal de prendre un professeur pour un service après vente de la connaissance en boîte, et un policier pour un concierge de trottoir, je crains fort que ce ton gentiment professoral ne rate sa cible.

Après tout, lorsque l’on fait remarquer à un média, ou une personnalité, son mauvais goût en matière d’humour lorsqu’il trouve opportun de faire de l’esprit sur les femmes battues, ou les tueurs d’enfants, l’internaute moyen sent le vent de la révolte souffler en lui pour dénoncer "la censure de la bien-pensance".

Quant aux campagnes choc, tout droit venues du Royaume-Uni il y a quelques années, lorsque le gouvernement cherchait désespérément à enrayer les épidémies de morts violentes sur la route, dues en grande majorité à l’alcool, elles soulèvent toujours la polémique. Mais il n’est pas certain que le message infuse le médium…

Une représentation hyper réaliste de la violence 

Cette campagne d’artiste contre les violences faites aux femmes présente peut-être l’avantage de n’être ni l’un, ni l’autre. Il y a assurément un effet de contraste saisissant entre la violence figurée par l’artiste, et l’univers enfantin et bon enfant auquel renvoient ces personnages devenus de véritables schèmes de la culture occidentale. Et donc les images ne laissent pas indifférents.

Dans le même temps, il n’y a pas de complaisance gratuite dans une représentation exagérée ou hyper réaliste de la violence, comme dans certains courts-métrages choc. Je pense au court-métrage conçu sur l’idée des Google Glass à travers lesquelles nous vivons la journée d’une femme battue. Poignant et malgré tout étrange, comme toutes ces campagnes plus ou moins virales, qui cherchent à créer un instant de doute sur la véracité des images.

Sur le même mécanisme, cet autre film où une femme violentée se prend chaque jour en photo pendant une année, largement visionnée et commentée sur YouTube. Il a fallu de longs mois avant que l’on ne sache de façon notoire que c’était une campagne de sensibilisation produite dans un pays hispanophone.

Le récent court-métrage de Lisa Azuelos, qui a beaucoup fait parler cette semaine, dénonçant les mariages forcés, à la frontière du réalisme du fictionnel, est construite sur ce même système.

Je me garderai bien de dire si la campagne de AleXsandro Palombo est efficace. Personnellement je n’accroche pas trop, je n’aime pas non plus le court-métrage de Lisa Azuelos dont je regrette l’esthétique, la musique… la campagne avec les Google Glass m’a plue, mais je ne sais pas si c’est le concept qui m’a paru malin, ou si c’est son adéquation avec le propos visé.

En fait, une campagne de sensibilisation sera toujours vouée à être coincée entre la bonne intention, qui est de toute façon à souligner, et la nature problématique du message publicitaire, qui reste une démarche utilitariste appliquée à un propos éthique. C’est l'ambiguïté radicale d’une campagne de sensibilisation.

Toutes les formes de sensibilisations ont leur place dans la société

La seule chose que je puisse conclure, c’est qu’elles sont toutes aussi nécessaires que leurs effets sont incertains. Il n’y en aura jamais assez, et il faut qu’elles soient diverses.

Même la chanson de Yannick Noah sur le Front national, est nécessaire, elle qui fut moquée par les journalistes parisiens pour sa naïveté (à en oublier l’incroyable naïveté de certains de leurs billets d’humeur… car le nombrilisme est toujours une expression naïve de soi). Même si pour ma part, je n’aime pas la musique de Yannick Noah, et la posture du personnage peut-être encore moins. Mais là n’est pas le sujet.

Une campagne de sensibilisation, une œuvre engagée, sont des formes d’expression qui toucheront la sensibilité des individus. Plus il y aura de formes différentes de messages, plus le panel des individus touchés sera large.

Mais plus encore, c’est le fait que des personnes, des citoyens, des artistes, des publicitaires, s’expriment à leur façon sur ces fléaux sociétaux, qui est à plébisciter : ça s’appelle la participation citoyenne (car, faut-il le rappeler, la participation citoyenne ne se limite pas au simple fait de voter). Chaque expression de ce type vaudra toujours, quoi qu’il en soit, mille campagnes gouvernementales sur le sujet.

Et pour dénoncer les violences faites aux femmes, le racisme, les ravages de l’alcoolisme, les accidents mortels de la route, la maltraitance des enfants, la pauvreté, l’homophobie, tous les moyens sont bons. Et l’on en fera jamais assez.



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